Environ 50 % des patients diagnostiqués avec une hyperparathyroïdie primaire (HPT 1) ne présentent pas, au moment du bilan initial, de critère formel justifiant une intervention chirurgicale immédiate. Cette situation — fréquente depuis la généralisation du dosage systématique du calcium — n’est pas pour autant synonyme d’absence de risque. Le consensus SFE-AFCE-SFMN 2024 est explicite : l’HPT 1 non traitée est une maladie potentiellement grave, même dans ses formes paucisymptomatiques.

À l’Hôpital Privé des Peupliers (Paris 13e), le Dr Gaël Guian propose pour chaque patient un plan de surveillance personnalisé, structuré selon les recommandations en vigueur, avec une réévaluation régulière de la pertinence d’une chirurgie parathyroïdienne.

Pourquoi surveiller même sans symptômes ?

L’absence de critère chirurgical au moment du diagnostic ne signifie pas que la maladie restera stable. Des données prospectives sont formelles : en l’absence de chirurgie, 62 % des patients de moins de 50 ans initialement asymptomatiques développent une indication chirurgicale sur un suivi moyen de 9 ans — contre 23 % chez les plus de 50 ans (SFE 2024, Chap. 11). Par ailleurs, les atteintes des organes cibles — os et rein — peuvent apparaître dans les 5 ans suivant le diagnostic chez une proportion significative de patients.

C’est pourquoi la surveillance n’est pas un choix passif : c’est un protocole actif, structuré, avec des seuils définis au-delà desquels la décision chirurgicale doit être reconsidérée.

Voir Art. — Qui doit être opéré ? Indications chirurgicales 2024 pour la liste complète des critères déclenchant l’intervention.

Le bilan biologique : quoi doser, à quelle fréquence ?

Le suivi biologique repose sur trois paramètres de première intention, à réaliser au moins une fois par an :

Concernant la PTH : son dosage n’est pas systématique dans le suivi des formes hypercalcémiques classiques. Une PTH élevée isolément, en contexte de vitamine D basse ou de fonction rénale diminuée, ne signe pas nécessairement une aggravation de la maladie (SFE 2024, Chap. 14). En revanche, le dosage de la PTH reste indispensable dans le suivi des formes normocalcémiques.

En cas d’élévation de la calcémie, le bilan est complété par : PTH, 25-OHD, phosphatémie, calciurie des 24 heures et bilan morphologique parathyroïdien.

Voir Art. — Examens biologiques : calcium, PTH, FeCa, bilan complet pour les valeurs de référence et la formule de la FeCa.

La surveillance osseuse : densitométrie, taille, marqueurs

L’os est l’organe cible prioritaire dans l’HPT 1 asymptomatique. Le suivi osseux comporte trois volets.

L’ostéodensitométrie (DXA) doit être réalisée sur 3 sites obligatoires : rachis lombaire L1-L4, fémur total et col fémoral, et tiers proximal du radius. Ce dernier site est crucial : dans environ 11 % des cas, l’atteinte osseuse est limitée au seul radius, et serait manquée si l’examen se limitait au rachis et à la hanche. Le rythme de surveillance est annuel à bisannuel selon l’évolutivité initiale. Une perte densitométrique supérieure à 1 DS en moins de 2 ans justifie un avis rhumatologique ou spécialisé (SFE 2024, R9).

La mesure de la taille à chaque consultation est un marqueur simple et souvent négligé. Une perte de taille ≥ 2 cm entre deux examens doit faire évoquer une fracture vertébrale asymptomatique et déclencher une imagerie rachidienne (radiographies standard)

Les marqueurs de remodelage osseux — en particulier les CTX sériques (Cross-laps) — peuvent être utiles dans les formes asymptomatiques dont la DMO n’atteint pas le seuil d’ostéoporose. Une élévation des CTX est associée à une dégradation densitométrique à court terme et justifie un suivi osseux annuel renforcé (SFE 2024, R8, Rang C+).

Voir Art. — Ostéoporose et HPT 1 : lien et traitements pour le détail du mécanisme osseux et des traitements anti-ostéoporotiques disponibles.

La surveillance rénale : calciurie et imagerie

Le retentissement rénal est fréquemment asymptomatique. Chaque bilan annuel doit inclure la calciurie des 24 heures : les seuils à surveiller sont > 250 mg/j chez la femme et > 300 mg/j chez l’homme. Au-delà, c’est un critère chirurgical formel.

Une imagerie rénale (scanner basse dose sans injection de préférence à l’échographie, plus sensible pour détecter les micro-calculs) est recommandée au diagnostic puis selon l’évolution clinique. La présence de calculs, même asymptomatiques, ou d’une néphrocalcinose bascule le patient dans les critères chirurgicaux.

En cas d’anomalie rénale identifiée, un avis néphrologique et/ou urologique est indiqué (SFE 2024, R4, Rang C avis d’expert).

Ce que cela change pour le patient

FAQ – Surveillance hyperprathyroïdie primaire

Combien de fois par an dois-je faire une prise de sang pour ma parathyroïde ?

Au minimum une fois par an pour la calcémie, la vitamine D et la créatinine. En cas d’anomalie ou de traitement médical associé, le rythme peut être rapproché à tous les 3 à 6 mois selon les résultats. La PTH n’est pas dosée systématiquement, sauf dans les formes normocalcémiques.

Dois-je faire une densitométrie osseuse chaque année ?

Pas nécessairement à ce rythme dans toutes les situations. L’osteodensitométrie est réalisée tous les 1 à 2 ans, sur les 3 sites obligatoires (rachis, hanche, radius). Le rythme est rapproché à un an si les marqueurs de remodelage osseux (CTX) sont élevés ou si une perte densitométrique rapide est constatée.

À quel moment mon médecin peut-il décider de m’opérer, même si la chirurgie n’était pas prévue initialement ?

Dès qu’un critère chirurgical apparaît au cours du suivi : calcémie trop élevée, T-score < -2,5 DS sur n’importe quel site, DFG < 60 ml/min, calciurie > 250 mg/j (femme) ou > 300 mg/j (homme), ou calcul rénal. Un âge inférieur à 50 ans est en lui-même une indication, en dehors des formes génétiques familiales. Le Dr Guian réévalue cette décision à chaque consultation.

Puis-je prendre de la vitamine D si j’ai une hyperparathyroïdie ?

Oui, et c’est même recommandé. Un déficit en vitamine D stimule la sécrétion de PTH et aggrave la maladie. L’objectif est une 25-OHD > 30 ng/ml. La supplémentation suit les recommandations de la population générale, à condition que la densité minérale osseuse soit normale.

Faut-il une imagerie des parathyroïdes pendant le suivi sans chirurgie ?

Non, sauf en cas de réapparition d’une hypercalcémie évoquant une récidive ou une progression de la maladie. En dehors de cette situation, l’échographie et la scintigraphie parathyroïdiennes ne font pas partie du bilan de surveillance standard (SFE 2024, Chap. 14).

Le Dr Guian propose-t-il un suivi même sans opération ?

Oui. Qu’une décision opératoire soit prise ou différée, le Dr Gaël Guian assure le suivi au long cours à l’Hôpital Privé des Peupliers ou en consultation au cabinet du 16e arrondissement. Ce suivi inclut la réévaluation régulière de l’indication chirurgicale à la lumière des examens biologiques et osseux.

À retenir