Votre bilan biologique et l’hyperparathyroïdie primaire : ce que dit le consensus SFE 2024

Vous avez reçu des résultats biologiques avec un calcium trop élevé, une PTH anormale, ou les deux — et vous cherchez à comprendre ce que cela signifie. C’est le point de départ du diagnostic de l’hyperparathyroïdie primaire (HPT 1) dans la grande majorité des cas. Le diagnostic de l’HPT 1 est en effet entièrement biologique : ce n’est pas un scanner ou une échographie qui pose le diagnostic, mais l’interprétation combinée de quelques examens sanguins et urinaires simples. Le consensus SFE-AFCE-SFMN 2024 définit précisément quels examens réaliser, dans quel ordre, et comment les interpréter.

Le Dr Gaël Guian, chirurgien endocrinien à l’Hôpital Privé des Peupliers (Paris 13e), s’appuie sur ce bilan standardisé pour poser le diagnostic et décider de la meilleure stratégie thérapeutique pour chaque patient.

L’examen de départ : la calcémie

Tout commence par la calcémie totale — le dosage du calcium dans le sang. C’est l’examen le plus simple, le moins coûteux, et celui qui déclenche toute la démarche diagnostique lorsqu’il est anormal.

La calcémie normale se situe entre 2,2 et 2,5 mmol/L (90 à 100 mg/L). Au-delà de 2,6 mmol/L (105 mg/L), on parle d’hypercalcémie — et une HPT 1 doit être évoquée.

Quelques précisions pratiques importantes :

Le prélèvement doit être réalisé à jeun, le matin, pour éviter les variations post-prandiales qui peuvent fausser le résultat.

L’examen clé : la PTH dosée simultanément à la calcémie

Dès qu’une hypercalcémie est confirmée, le dosage de la parathormone (PTH) doit être réalisé sur le même prélèvement que la calcémie — idéalement à jeun le matin. C’est la combinaison des deux résultats qui fait le diagnostic, pas chacun pris isolément.

La règle d’interprétation est la suivante : face à une calcémie élevée, la PTH devrait normalement être effondrée — c’est le mécanisme de rétrocontrôle normal (voir article 3 : Calcium, PTH et vitamine D). Si elle ne l’est pas — si elle est élevée, ou même simplement dans les valeurs hautes de la normale — c’est le signe que les glandes parathyroïdes fonctionnent de façon autonome et inappropriée : c’est la définition biologique de l’HPT 1.

En pratique, trois situations sont possibles face à une hypercalcémie :

Un point technique important : la présence de biotine dans le sang (souvent prise en complément alimentaire à forte dose) peut fausser certains dosages de PTH. Il est recommandé d’arrêter la biotine 48 heures avant le prélèvement (SFE 2024).

La fraction d’excrétion du calcium (FeCa) : l’examen qui change tout

La FeCa est l’examen biologique le plus important après le couple calcémie/PTH — et pourtant l’un des moins connus des patients. Elle est indispensable pour distinguer l’HPT 1 de l’hypercalcémie hypocalciurique familiale (HHF), une pathologie bénigne héréditaire qui se présente de façon identique mais ne nécessite aucun traitement chirurgical.

La FeCa mesure la proportion de calcium filtré par le rein qui est effectivement éliminée dans les urines. Elle se calcule à partir d’un prélèvement sanguin et d’un échantillon d’urines (pas de recueil sur 24 heures — un simple échantillon suffit) selon la formule :

FeCa = (calcium urinaire × créatinine plasmatique) / (créatinine urinaire × calcium plasmatique)

Son interprétation est simple :

La FeCa fait partie des examens de première intention dans le bilan d’une hypercalcémie avec PTH inadaptée (Recommandation R3, Rang A+++, SFE 2024). Elle doit être demandée systématiquement — et pas seulement quand le médecin pense à l’HHF.

La 25-hydroxyvitamine D : à doser systématiquement

Le dosage de la 25-hydroxyvitamine D (25-OHD) — forme de stockage de la vitamine D dans l’organisme — est indispensable dans tout bilan d’HPT 1 suspectée, pour deux raisons complémentaires.

Première raison : une carence en vitamine D (25-OHD < 20 ng/ml) est une cause fréquente d’HPT secondaire — c’est-à-dire d’élévation de la PTH en réponse à un manque de vitamine D, sans HPT 1 vraie. Avant de poser le diagnostic d’HPT 1, il faut donc s’assurer que la PTH élevée n’est pas simplement la conséquence d’une carence vitaminique.

Deuxième raison : même en cas d’HPT 1 confirmée, la carence en vitamine D aggrave la maladie — elle stimule davantage la PTH, favorise la croissance de l’adénome et accélère la déminéralisation osseuse. Sa correction est recommandée avec un objectif de 25-OHD > 30 ng/ml (SFE 2024).

La 25-OHD est remboursée dans le cadre des désordres phosphocalciques complexes — elle doit être demandée sans hésitation dès qu’une hypercalcémie ou une PTH élevée est mise en évidence.

La calciurie : utile mais à bien interpréter

La calciurie mesure la quantité de calcium éliminée dans les urines sur 24 heures. Elle est utile pour évaluer le retentissement rénal de l’HPT 1 et orienter le diagnostic différentiel — mais son interprétation est plus complexe qu’il n’y paraît.

Les valeurs normales sont :

Une calciurie élevée (hypercalciurie) confirme que le rein élimine l’excès de calcium — ce qui est cohérent avec une HPT 1. Mais une calciurie normale n’élimine pas une HPT 1 : la PTH augmente la réabsorption distale du calcium, ce qui peut maintenir la calciurie dans les valeurs normales malgré une hypercalcémie (voir article 3 : Calcium, PTH et vitamine D).

La calciurie des 24 heures est également utile pour évaluer le risque lithiasique et orienter les conseils d’hydratation et alimentaires (SFE 2024).

La phosphatémie : le marqueur oublié

La phosphatémie (taux de phosphore dans le sang) est souvent négligée dans les bilans biologiques — alors qu’elle apporte une information orientatrice précieuse dans l’HPT 1.

La PTH en excès pousse le rein à éliminer davantage de phosphore dans les urines, entraînant une hypophosphatémie — une phosphatémie basse. Cette association hypercalcémie + phosphatémie basse est un signal fort orientant vers une HPT 1.

Le ratio calcémie/phosphatémie (exprimé en mg/L) supérieur à 3,56 a une sensibilité de 95 % et une spécificité de 93 % pour orienter vers une HPT 1 — un outil simple, disponible sur tout bilan standard, et souvent sous-utilisé (SFE 2024).

La créatininémie et le DFG : évaluer la fonction rénale

Le dosage de la créatininémie et le calcul du débit de filtration glomérulaire estimé (DFG) sont systématiques dans le bilan d’HPT 1 pour deux raisons.

Première raison : l’insuffisance rénale chronique est une cause fréquente d’HPT secondaire — elle doit être éliminée avant de poser le diagnostic d’HPT 1.

Deuxième raison : l’hypercalciurie chronique de l’HPT 1 peut progressivement altérer la fonction rénale. Évaluer le DFG au moment du diagnostic permet de documenter l’état de la fonction rénale de départ et d’orienter certaines décisions thérapeutiques — notamment le choix des médicaments en cas de traitement médical.

Le bilan complet : récapitulatif pratique

Voici l’ensemble des examens à réaliser lors d’un bilan d’HPT 1 suspectée, selon le consensus SFE 2024 :

Ces examens permettent de poser le diagnostic dans la grande majorité des cas. Si le tableau est atypique — FeCa entre 1 % et 2 %, PTH dans les valeurs hautes de la normale avec calcémie normale, antécédents familiaux d’hypercalcémie — des examens complémentaires (analyse génétique, test de charge orale en calcium) peuvent être nécessaires (SFE 2024).

Tableau d’interprétation synthétique

HPT 1 typique : calcémie élevée + PTH élevée ou inadaptée + FeCa > 2 %

HHF : calcémie élevée + PTH normale ou légèrement élevée + FeCa ≤ 1 % → pas de chirurgie

HPT secondaire à une carence en vitamine D : calcémie normale ou basse + PTH élevée + 25-OHD basse → corriger la vitamine D avant de conclure

Hypercalcémie maligne : calcémie élevée + PTH effondrée → rechercher une cause néoplasique en urgence

Ce que cela change pour le patient

Deux implications pratiques ressortent de ce bilan.

La première est que recevoir un résultat de calcium élevé n’est pas une urgence en soi — mais c’est un signal qui impose de compléter le bilan avec une PTH simultanée, une FeCa et une 25-OHD avant toute conclusion. Un calcium légèrement élevé sans PTH dosée ne permet pas de poser un diagnostic.

La seconde est que la FeCa est l’examen qui change la décision : sans elle, on ne peut pas distinguer une HPT 1 — qui peut nécessiter une chirurgie — d’une HHF — qui n’en nécessite aucune. Elle doit être demandée systématiquement, dès le premier bilan, et non en deuxième intention.

Le Dr Gaël Guian, chirurgien endocrinien à l’Hôpital Privé des Peupliers (Paris 13e), analyse ce bilan complet lors de la consultation préopératoire et explique à chaque patient la signification de ses résultats avant toute décision thérapeutique.

FAQ — Bilan biologique de l’hyperparathyroïdie primaire

Mon calcium est légèrement élevé à 2,65 mmol/L : dois-je m’inquiéter ?

Pas nécessairement — mais ce résultat doit être complété. Une valeur entre 2,6 et 2,7 mmol/L est légèrement au-dessus de la normale et justifie un contrôle sur un second prélèvement à jeun, associé à un dosage simultané de la PTH. C’est la combinaison calcémie + PTH qui oriente le diagnostic, pas le calcium seul.

Pourquoi faut-il doser la PTH en même temps que le calcium ?

Parce que c’est leur relation qui fait le diagnostic. Face à un calcium élevé, une PTH effondrée est rassurante (le système fonctionne normalement). Une PTH élevée ou non effondrée face à un calcium élevé est le signe que les glandes parathyroïdes fonctionnent de façon autonome — c’est la définition de l’HPT 1.

Qu’est-ce que la FeCa et pourquoi est-elle si importante ?

La fraction d’excrétion du calcium mesure la part du calcium filtré par le rein qui est éliminée dans les urines. Elle est indispensable pour distinguer l’HPT 1 — qui peut nécessiter une chirurgie — de l’hypercalcémie hypocalciurique familiale (HHF), une condition bénigne héréditaire qui ne nécessite aucune intervention. Une FeCa > 2 % oriente vers une HPT 1 ; une FeCa ≤ 1 % oriente vers une HHF (Recommandation R3, Rang A+++, SFE 2024).

Ma vitamine D est basse : est-ce la cause de mon hypercalcémie ?

Non — une carence en vitamine D provoque une PTH élevée mais ne cause pas d’hypercalcémie. Si votre calcium est élevé et votre vitamine D basse, les deux coexistent mais le calcium élevé a une autre cause — probablement une HPT 1. La carence en vitamine D doit être corrigée, mais elle n’explique pas à elle seule l’hypercalcémie.

Peut-on avoir une hyperparathyroïdie primaire avec une calciurie normale ?

Oui. La calciurie peut être normale dans l’HPT 1 car la PTH augmente la réabsorption rénale du calcium. Une calciurie normale n’élimine donc pas le diagnostic — c’est la FeCa et la combinaison calcémie/PTH qui font foi (SFE 2024).

Combien de temps faut-il pour avoir tous les résultats du bilan ?

La plupart des examens — calcémie, PTH, phosphatémie, créatininémie, 25-OHD, FeCa sur échantillon — sont disponibles en 24 à 48 heures sur un bilan standard. La calciurie des 24 heures nécessite un recueil urinaire sur une journée entière. L’ensemble du bilan peut donc être obtenu en 48 à 72 heures après le prélèvement.

À retenir