Après une thyroïdectomie totale, près d’une patiente sur trois développait autrefois une hypocalcémie post-opératoire — une complication directement liée à la difficulté d’identifier et de préserver les glandes parathyroïdes pendant l’intervention. L’autofluorescence infrarouge change la donne : dans l’étude de Benmiloud et al., son utilisation a permis de ramener ce taux de 28 % à 9 %. À l’Hôpital Privé des Peupliers (Paris 13e), le Dr Gaël Guian intègre cette technologie — le système Fluobeam LX — dans chaque thyroïdectomie totale, en complément du neuromonitoring continu du nerf récurrent.

Pourquoi la préservation des parathyroïdes est un enjeu majeur

Les quatre glandes parathyroïdes régulent le taux de calcium dans le sang. Elles sont situées à proximité immédiate de la thyroïde, parfois collées à sa capsule ou partiellement enfouies dans le tissu thyroïdien. Lors d’une thyroïdectomie totale, elles peuvent être difficiles à repérer, accidentellement retirées avec la pièce opératoire, ou simplement dévascularisées — c’est-à-dire privées de leur apport sanguin.

Le résultat est une hypoparathyroïdie transitoire, voire définitive, qui se manifeste par des fourmillements, des crampes musculaires, une fatigue inhabituelle, et dans les formes sévères, des troubles du rythme cardiaque. Cette complication est l’une des premières causes de réadmission après chirurgie thyroïdienne.

Voir [Chirurgie thyroïdienne : recommandations SFE 2022]

Comment fonctionne l’autofluorescence ?

Les glandes parathyroïdes contiennent naturellement un composé — probablement lié aux cristaux d’hydroxyapatite — qui émet une fluorescence spécifique lorsqu’il est exposé à une lumière proche de l’infrarouge (environ 785 nm). Cette propriété est exploitée par des dispositifs d’imagerie peropératoire comme le Fluobeam LX (Fluoptics®).

Concrètement, pendant l’intervention, le chirurgien peut :

Cette identification précoce modifie concrètement le geste chirurgical : dans l’étude de Benmiloud, le nombre moyen de parathyroïdes identifiées est passé de 2,6 à 3,2 par patient, avec au moins 3 glandes repérées chez 74 % des patients contre 46 % sans autofluorescence.

Autofluorescence seule ou associée au vert d’indocyanine ?

L’autofluorescence renseigne sur la localisation des parathyroïdes, mais pas directement sur leur vascularisation. Pour évaluer si une glande est bien vascularisée — et donc fonctionnelle après l’intervention — une deuxième technique peut être associée : l’injection intraveineuse de vert d’indocyanine (ICG), un colorant fluorescent qui se distribue dans les vaisseaux et permet de visualiser la perfusion de chaque glande en temps réel.

Le Fluobeam LX permet d’utiliser les deux modalités au cours de la même intervention. Cette combinaison offre ainsi au chirurgien une information complète : où sont les parathyroïdes, et sont-elles correctement vascularisées ?

Le consensus SFE-AFCE-SFMN 2024 confirme l’intérêt de cette approche combinée dans la chirurgie parathyroïdienne, notamment lorsque l’imagerie préopératoire est non contributive ou lors des réinterventions (R4).

Ce que cela change pour le patient

FAQ

L’autofluorescence est-elle utilisée systématiquement lors d’une thyroïdectomie totale ? Son usage dépend de l’équipement du centre chirurgical et des habitudes de l’équipe. À l’Hôpital Privé des Peupliers, le Dr Gaël Guian l’utilise de façon systématique lors des thyroïdectomies totales, en complément du neuromonitoring du nerf récurrent.

Cette technologie remplace-t-elle l’expérience du chirurgien ?

Non. L’autofluorescence est un outil d’aide à la décision : elle améliore la détection des parathyroïdes, mais l’interprétation des images et le geste chirurgical restent entièrement liés à l’expertise de l’opérateur. Elle complète, elle ne substitue pas.

Y a-t-il un risque lié à la lumière infrarouge utilisée ?

Non. L’autofluorescence exploite une propriété naturelle des parathyroïdes — elle ne nécessite aucune injection de produit et n’expose pas le patient à un rayonnement ionisant. Le vert d’indocyanine, s’il est utilisé, est un produit bien toléré, mais contre-indiqué en cas d’allergie à l’iode.

Qu’est-ce que l’hypocalcémie post-opératoire et comment se manifeste-t-elle ? L’hypocalcémie est une baisse du taux de calcium dans le sang consécutive à une atteinte des parathyroïdes pendant la chirurgie. Elle se manifeste par des fourmillements (surtout autour des lèvres et dans les mains), des crampes musculaires, une fatigue. Elle est le plus souvent transitoire et traitée par supplémentation calcique, mais peut dans de rares cas devenir définitive.

À retenir

Sources : Benmiloud et al. ; Consensus SFE-AFCE-SFMN 2024 (R4) ; Pace-Asciak et al., Head Neck 2023